le-mort-qui-trompe.fr ; 12 octobre 2006
La Sœur de l’Ange : À quoi bon Dieu ?, article d’Axelle Felgine

Après avoir réussi à s’imposer, en l’espace de seulement 3 numéros, comme l’une des revues littéraires les plus intéressantes du moment, La Sœur de l’Ange avait été contrainte de s’éclipser pendant plus d’un an, suite au dépôt de bilan de l’éditeur A Contrario. La Sœur de l’Ange renaît de ses cendres avec cette nouvelle livraison plus que réjouissante.

Si la formule n’a pas changé (un dossier thématique « à quoi bon… ? », des « rhizomes » et un cahier spécial autour d’un auteur ou d’un mouvement littéraire), la revue se place sous le signe du feu, grâce à l’engagement courageux d’un éditeur, Le Grand Souffle, qui contribue par ailleurs à faire connaître et à perpétuer, par ses publications, l’esprit du Grand Jeu, l’avant-garde littéraire la plus méconnue du siècle dernier dont les voix vives animent le Cahier - documenté et très inspiré - de ce quatrième numéro.

Après l’Art, la Nation, la Mort, c’est Dieu qui fait l’objet de l’insolente question : « à quoi bon ?… ». Fidèle à son ambition d’être l’arène d’une parole sous haute-tension qui redécouvre l’altérité et s’élève dans la confrontation, La Sœur de l’Ange ouvre sa porte aux irréconciliables. Dieu-fiction (Y. Constantinidès), Dieu-narcotique (Jocelyn Bézecourt) ou Dieu-Vive-Flamme qui ne s’éteint jamais (A. de Souzenelle, André Chouraqui)… Dieu-Verbe sans quoi la parole est vaine (B. Sichère) ou Dieu-silence qui nous creuse ou nous comble (J.-Y Leloup) - et notre silence en écho de Son excès (Michel Cazenave)… Dieu-encombrant, ou comment s’en débarrasser (Alain Jugnon), Dieu-revenant qui s’engouffre comme un courant d’air chez Proudhon, Lévinas et Merleau-Ponty (P. Corcuff). À quoi bon Dieu ? Alexandre Vialatte moque les contorsions onctueuses d’une vieille fille désavouée (« La Religion veut entrer dans un cercle carré »), Didier Bazy interroge le miracle triste de la vie qui s’obstine après la Catastrophe (« Après Dieu, Paul Celan »), Éric Coulon prend la route avec Raymond Abellio… Hors-dossier, c’est la question de la Fiction que déplient les « rhizomes » : où il est question de Vila-Matas et de Sebald, des fous littéraires et de Joë Bousquet, de Bernanos et de Nietszche, de résistance poétique (Laurine Rousselet) et d’épiques affrontements géopolitiques (Laurent Schang). Aussi loin de l’esprit de chapelle que d’une certaine esthétique convenue de l’éclectisme, La Sœur de l’Ange allie l’élégance et l’audace, la rigueur et l’hospitalité, pour nous offrir un excellent numéro, à la hauteur des ambitions affichées et au-delà des attentes de ses « fidèles ». Souhaitons longue vie à La Sœur de l’Ange !

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