Le mythe éblouissant d'une nouvelle modernité

par GarnierDuguy-Néro

La peinture de Roberto Mangú est la chance de la modernité.

Loin au fond de nos pupilles, l'intelligence du merveilleux s'est enfouie, le merveilleux propice à l'érection des légendes indispensables à la palpitation de la grande aventure de l'homme.

Dans l'oeil du monde occidentalisé se sont assis fatigue et lassitude. Le renoncement aux sources de la Joie empêche l'accès à l'ardent désir de croire et d'espérer.

Le souffle vertical, celui qui inspira l'esprit humain depuis la ferveur de l'homme pariétal jusqu'à l'épopée moderne ramenant dans ses navires l'Égypte ressuscitée, en passant par le somptueux déploiement des rêves de Mésopotamie s'incarnant en l'ordre vital nouveau du Christianisme, ce souffle-là est celui que respire la peinture de Mangú .

Pas de nostalgie, donc, dans ses images. Pas de recours au passé. Aucune envie d'une autre Renaissance. Mais le saisissement de l'énergie héroïque qui façonna le monde, à l'endroit même où l'on perdit sa trace.

Identitas.

La peinture de Roberto Mangú est la chance de la modernité.

Poser les yeux sur ses tableaux, c'est accomplir l'acte salvifique par lequel l'œil, instantanément imprégné du pouvoir vital qu'il reçoit de la vision, va inscrire dans le cerveau de celui qui la contemple, l'or de la terre intérieure.

Qu'on l'aime, qu'on ne l'aime pas, qu'elle effraie ou qu'elle insupporte, cette peinture, une fois entrée dans le cristallin, chemine et travaille dans l'invisible de nos consciences. Elle devient le compagnon secret qui initie en silence l'affleurement de notre âme à la surface de la vie.

Le visage d'une Éve .

Les Étendards d'aujourd'hui, les Éves et White Spirit procèdent d'un cheminement fabuleux et émerveillé. L'aboutissement actuel, donné à voir dans Salvador , trouve sa source dans les tableaux précédents, qui sont comme autant de stations décisives à la construction du mythe. Ainsi Mangú dialogue-t-il avec sa peinture, et c'est à chaque tableau l'ensemble de son oeuvre qui y est intégré.

Et dépassé.

Identitas.

Il y a, dans ces tableaux, un pouvoir oraculaire, une dimension pythique que notre présent peut

questionner pour recueillir les réponses ouvreuses du juste chemin de la vie.

L'Homme de demain, l'Homme que je peux être demain, ne sera rien si je n'emprunte ce Camino de Santiago capable de faire de ma marche un trajet ascensionnel instituant mon torse, mon crâne, en émanation diaprée au faite de laquelle se respire et respire la coupole immaculée du grand Esprit.

Les Hommes debout se dressent dans mon corps, tendent mes pensées vers l'interrogation des étoiles. Les Mégalithes lient chacune de mes cellules au premier homme, â la première femme, à l'être indivis qui prit multiplicité de formes pour façonner le moderne que je suis.

Mintak est là, maintenant. Il observe, Il sait tout ce qui me manque et tout ce dont j'ai besoin. Il est la figure mythique du monde neuf. Lui faire confiance. L'appeler à convertir les mouvements inférieurs de ma vie. L'accueillir dans son élan de rectitude vers son inaliénable désir d'espérance. L'accueillir pour que se joue en moi la plus haute de mes possibilités humaines, l'acte saint, la pensée paraclétique hors de laquelle toute parole risque de briser l'univers, l'univers en moi, et le battement cardiaque de la terre . Mintak est là, qui ne croit qu'en l'amour. Ainsi que Mangú lui-même qui lui donne naissance. Mangú dotant aujourd'hui la peinture d'un rôle qu'elle n'avait pas jusqu'à présent. La capacité de changer le monde. D'agir. D'agir sur l'oeil. Dans l'intention de travailler le corps même de la conscience humaine. Et de laver l'œil des erreurs du passé.

« La lampe du corps, c'est l'oeil. Si donc ton oeil est sain, ton corps entier sera lumineux. Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres. » 1

C'est à identifier l'opacité dans l'œil, à travers une lecture héroïque et absolument verticale de l'Histoire, et à tailler cette opacité jusqu'à en dégager le cristal, le diamant, que travaille la peinture de Roberto Mangú.

« Mes tableaux sont la version armée des prières ».

Cette dimension guerrière du spirituel, affirmée haut et fort par Mangú, dit assez à quel point seule l'élévation intérieure, le travail sur soi, la verticalité assumée de l' Homme debout est en mesure de répondre aux défis posés à la conscience humaine par les métamorphoses bouleversantes et nucléiques du monde actuel.

Seule cette discipline sur soi pourra faire rejaillir sur la forme du monde les vertus de ses conquêtes et de sa sagesse.

Mintak est là, oui. Et oui il sait tout ce dont j'ai besoin et tout ce qui sauve mon âme.

Min tak, nato dol corpo di San Francisco Nota nel 1997 a Madrid

Nato come figura della forza vitale si è poi offermata come forma del presente intern parole,

Min tak intégra nelle sua capacità di presenza globale la circolazione delle tre energie sessua te del/a nostra Civilità.

Min tak è il fig/b della Spirito Jaguar.» 2

Tel est l'acte de naissance de Mintak, formulé par lui-même.

Mais voici Aldébaran qui s'avance.

Aldébaran passe, inquiétant et protecteur, sur l'étendue de la mer intérieure. Et tandis qu' Actitud fait de sa bouche un Graal pour que descende dans ma gorge le chant indicible des étoiles, Aconcagua , l'azur accroché à ses épaules, brûle le plus grand mal en moi qu'est mon opacité. Les Plongeurs, enfoncés dans ma nuit obscure, ayant atteint le point où mon regard trouve le miroir sans tain et contemple en face son visage nu, remontent brûler leur Joie comme 'homme- Fondation .

La peinture de Roberto Mangú est la chance de la modernité.

Si ce qui meut l'Occident moderne ne répond plus qu'à une mythologie aliénée de l'indifférenciation, une mythologie de l'argent et de la puissance qui lui est attachée, comme indépassable absolu dont les fruits sont l'appauvrissement des consciences, alors les tableaux de Mangú tranchent le noeud gordien de cet indépassable.

Ils sont le socle à partir duquel peut se rêver l'avenir.

Et se réenclencher les chatoyances du présent.

«Le mythe est une parole», affirmait Roland Barthes. Car, avec la peinture de Mangú, nous

sommes bien en présence d'une parole. Cette parole est peut-être celle d'un espoir plus encore que celle de la vérité. (Notre époque veut toujours la vérité). L'espoir qui nous vient par la lente cristallisation d'une fable, d'une légende, en une vision qui établit le mythe éblouissant d'une nouvelle modernité, intégrant un discours sur nos origines, et qui donne à la peinture oraculaire de Mangú un autre champ de compréhension et d'interprétation que celui archi-saturé de l'esthétique et de la nouveauté.

S'adossant au matérialisme qui conduit la virtualisation de l'humain, les images peintes par accompagnent le processus en cours qu'est l'homme depuis la nuit des temps, par l'édification d'un univers à la mesure des grands enthousiasmes dont a besoin l'esprit pour jouer en dansant sa présence au monde.

« joie joie joie feu de joie », chantait Pascal. C'est à cette flamme là que se contemplent les visions de Mangû, les Éves émergées des profondeurs bleutées du sommeil de nos vies.

Rien de plus sérieux que ses héros revêtant le manteau de la Légende Dorée. Rien de plus aérien non plus. Entre Saint Georges et Corpus Mundi s'établit le dialogue fondamental à partir duquel s'ouvre, en miracle, la voûte sous laquelle la marche de Hiéros redevient possible.

Nul doute que les sources auxquelles s'abreuvent les pinceaux de Mangú trouvent leurs racines dans les tréfonds périlleux et vertigineux de l'être, ces zones à peine entr'aperçues que déjà échappées au regard. Mais il lui appartient en propre, à Mangú, le pouvoir d'ajouter la parcelle de lumière qui suffit à conjurer la nuit. Et par l'alchimie et l'indéfectible foi de son regard, de faire de ces zones insupportables les paysages radieux que notre désir de vivre réclame.

Les paysages mentaux de la Beauté que portent, fermes, ses Étendards.

Cette Beauté sémantique qui est esprit du feu et chance neuve. Le mythe éblouissant d'une nouvelle modernité.

1. Les phrases de Mangú citées dans cet article sont extraites de ses carnets de travail personnels.
2. « Mintak, né du corps de saint François
Né en 1997 à Madrid
Né comme figure de la force vitale, s'est ensuite affirmé comme forme du présent intemporel, Mintak intègre dans sa capacité de présence globale la circulation des trois énergies sexuées de notre Civilisation.

Mintak est le fils de l'Espri Jaguar. »

 

CONTRELITTÉRATURE
Numéro 18 – Automne –

 

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