En réaction au degré zéro du politique
Des puissances logiques et citoyennes contre le pouvoir actuel de la république.

Par Alain Jugnon, Jean-Clet Martin et Philippe Boisnard
LIBERATION.FR : mardi 27 mars 2007
Ont participé au livre collectif "Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas".

Tous autant que nous sommes, nous n'avons jamais vécu à ce point la réalité médiatisée et institutionnalisée d'un degré zéro du politique: La politique unanimement réalisée aujourd'hui (par tous les candidats, par tout le personnel politique, par une partie des journalistes politiques) signe, spectaculairement et visiblement, la présence concrète d'un degré zéro de ce qu'est Le politique.

Jamais, à ce point, l'inversion n'aura été réelle et effective : les « hommes » politiques miment le dit : ils disent aujourd'hui ce qu'il faut faire, pour ne pas avoir à faire plus tard ce qui aura été dit. Sophistes, certainement sans connaître les prestigieux rhetoricians d'Athènes, ils ne parlent pas, nous tiennent dans le simulacre d'une parole sans conséquence, ne s'adressent en fait par leur discours ni à eux mêmes, ni aux citoyens, ni à l'homme. Cette situation est une

catastrophe humaine en acte. Nous réclamons le droit de dire, chaque jour de nos vies, le politique pour faire la politique de demain. Contre la connivence médiatique inventant de toute pièce l'alibi d'une "démocratie participative", nous demandons à penser ensemble, enfin,

et non à voter comme d'habitude, car nous voulons voter, c'est-à-dire : offrir nos voix en sachant par avance les principes qui règlent la politique.

Or nous pouvons maintenant prendre le pouvoir que nous sommes, nous sommes ici la émocratie qui marche, mais nous le sommes ou pouvons l'être en toute logique, contre l'état actuel de la république. La république en avril 2007 s'aplatit sur son étymologie : par ses affaires, par son commerce, son marketing et son spectacle diffus, cette république-là nous mange la démocratie sur le dos.

Les élections, au cœur de cet écrasement, ne valent plus que comme dernier repas, ultime cène, fin du jeu. Or nous avons à nous rehausser dans l'ordre du démocratique. C'est ce que nous constituons en paroles et en pensées ici, maintenant, alors qu'on nous dit qu'il ne s'agit

que de voter. Nous pouvons, car nous le devons, refuser la scène, la mise et la partie. Contre l'ordre établi de la république du jour, ne pas vouloir voter cette-fois-ci et ne pas pouvoir le faire, c'est

désobéir civilement et démocratiquement, consciencieusement et respectueusement, sensiblement enfin. Nous nous faisons ainsi éternels, selon notre droit politique à persévérer dans notre être, lorsque nous décidons et inventons de ne pas voter.

Nous ne méritons pas la catastrophe électorale vers laquelle nous allons, nous qui promettons encore parce que nous sommes la démocratie.

C'est pourquoi notre pouvoir, au lieu de n'être que dans le lâcher du bulletin dans l'urne, a été celui de l'écriture, afin de dire pourquoi cette fois-ci, nous préférions ne pas ...

Dernier ouvrage paru : Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas , Coordonné par Alain Jugnon,

(Editions Le Grand Souffle, mars 2007)

 

http://www.legrandsouffle.com/livres_avr22.html

http://www.liberation.fr/rebonds/election_presidentielle/243726.FR.php
Présidentielle 2007

 

 

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