Fait divers,
description d’un messie

Koronéos

Fait divers, description d’un messie : c’est l’épreuve âpre et savoureuse de se sentir retourné, en un lieu rarement sondé, dans son identité intime de lecteur.

À bout de vie, au très bas du monde, dans un black-out presque irrémédiable, quelque chose se fouille, se recherche, se laisse …

Ni roman ni récit, l’action du mythe œuvre le crime de ses métamorphoses. La description, ici, déclenche la collision instantanée du futur et de la mémoire. Fiction, réalité ?

Question caduque. L’écriture défait la raison réductrice d’une science contrainte à tout réapprendre.

Là, dans le sensible de la misère, nous voici impliqués dans le « fait divers », là où l’être-messie - qui, quoi ? - vient dé-panser le mal, le rendre à son errance, son cri quantique, dans le mouvement du mot gorgé d’ivresse réveillante.

Un texte, une texture, une architecture tectonique, une langue d’une précision de laser, au sein du diamant noir de la tragédie humaine.

O quel regard au cœur du monde !

et le tournant insoupçonné qui, dans la littérature, fera sursaut et surprise …

Titre : Fait divers, description d’un messie
Auteur : Koronéos
Format : 14 x 21 cm, 590 pages
ISBN 10 : 2-9520760-3-0
ISBN 13 : 978-2-9520760-3-6
Prix : 15 euros
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30 Mai 2006

KORONEOS

Fait divers, description d’un messie

(Ontologie IV)

Ontologie IV nous révèle une nouvelle forme de réflexion sur le monde grâce à sa recherche permanente d’une objectivité possible. Une quête scrupuleuse d’une vérité à plusieurs tiroirs, avec un effet de miroir qui renvoie les différents protagonistes de l’œuvre au lecteur, lui-même placé dans tous ses états de veille, l’univers entier interagit avec lui tel «l’effet papillon».

Serait-ce sans doute une des préoccupations majeures de l’auteur de vouloir relater toute la géométrie potentiellement accessible de l’humain au moment même où il se pense, parle, écrit, rêve, regarde, respire, imagine ? Le discours est truculent et, dès lors que les mots défilent, émetteurs et récepteurs sont en devenir. Les dimensions du temps présent, passé et futur se confondent et, déjà, cet échange devient presqu’ impossible, voire un mythe. L’œuvre s’érode à vouloir la narrer.

Le monument scriptural se métamorphose en peinture manuscrite, vivante, brûlante, sonore, tout ce que ne peut être un tableau mais qui l’est pourtant. Ici la pipe de Magritte parfaitement reproduite mais qui ne sera jamais une pipe exprime son véritable sens, le visible n’est pas le réel. Tentons alors de travestir la fameuse expression du peintre, et sans vouloir faire offense à notre auteur «maniaque» dire : «ceci n’est pas une œuvre» afin d’éviter le risque de la figer.

Ce procédé emprunté à l’art est comme un outil qui opère par association d’idées : respirations, haletantes, tâtonnements, interjections, onomatopées, autant de ratures d’une œuvre sous l’œuvre, interpénétration de particules spirituelles qui s’attirent, se contractent ou se rétractent ; bref, une mécanique quantique bien vrillée enfin visible à l’œil nu. L’ouvrage s’écrit en même temps qu’il se lit à moins qu’il ne se lise en même temps qu’il s’écrive. Tout cela est incroyablement «physique». Mais est-ce un hasard si l’anti-héros du livre, «AGDIR», est physicien ?

Mais attention, cette œuvre méticuleuse, forteresse épaisse de cinquante ans de vibrations, de vibratos de l’âme, est avant tout une tragédie philosophique au travers d’une scanérisation de la pensée. C’est une dénonciation, voire une protestation véhémente et plus encore, un cri contre cette chape de plomb atomique qui nous gouverne, mettant en scène projets scabreux et absurdes qui rongent subtilement notre humanité. Banalités et habitudes du quotidien flirtent avec des génocides orchestrés dans l’indifférence générale.

Tant d’amours massacrées, ruinées et parmi elles, la Lilith du physicien, impuissant devant l’horreur à répétition ; se serait-il substitué au Messie ?

Seule issue possible devant l’insurmontable.

Elisabeth Alimi


KORONÉOS

LE MYTHE COMME REPÈRE ET OUTIL

«Dans les mêmes fleuves
nous entrons et nous n’entrons pas.
Nous sommes et nous ne sommes pas.»

(Héraclite, 49.)

Notice
En s’acceptant et en acceptant le monde, l’homme se met en état de créer. Il établit un rapport harmonieux avec sa propre polyvalence et avec la polyvalence du monde. Un tel rapport est à l’origine du mythe. Un tel rapport doit être dynamique afin de pouvoir tenir compte des exigences en perpétuel changement du réel. En s’actualisant par le mythe, un tel rapport offre virtuellement à l’homme un fil d’Ariane dans le labyrinthe de l’étant. Le mythe tient compte de la complexité du réel et assimile un maximum d’aspects rationnels et irrationnels. Sur le plan formel, il implique la contradiction et s’efforce de fournir une méthode rendant le monde (plus) accessible à l’entendement. Il implique un credo. Cependant, le doute appartient fonctionnellement au credo (Blaise Pascal).

1

Une Cité ne peut exister sans l’émergence d’un archétype focalisant des tendances concordantes et/ou discordantes qui agissent au sein des individus. Cet archétype s’exprime par le mythe. Il doit être défini en tant que chiffre du réel et tend structurellement vers l’harmonisation. Sur le plan ontologique, le mythe est exempt de contenu rationnellement formulable, c’est-à-dire qu’il actualise une fonction d’ordre essentiellement politique et construit en rassemblant.

Pour exercer sa fonction politique, en l’occurrence fondatrice du corps social, le mythe doit mobiliser les forces physiologiques et psychologiques des individus qu’il cherche à inclure dans une vie commune. À cet égard, rassembler signifie mettre en œuvre un processus d’identification avec un archétype fondateur. Cet archétype est évolutif.

Quand il cesse d’évoluer, le corps social en tant que tel se trouve immobilisé et ne tarde pas à disparaître.

Les pouvoirs politiques s’exercent sous le rayonnement des mythes qui agissent derrière le discours et l’activité des hommes politiques. Ce qu’un homme politique représente est une collectivité structurée à partir d’une singularisation de plusieurs composantes d’un corps social sous un aspect unitaire. Mais cette singularisation se fonde partiellement sur l’exclusion du différent, et intervient grâce à un sacrifice. Elle tend vers son propre dépassement, c’est-à-dire vers l’inclusion de sa complémentarité. Le sens transmis par un homme politique d’aujourd’hui se formule de manière générale en opposition à la complémentarité.

2

En subissant l’attrait de la volonté de domination véhiculé par le pouvoir politique, le mythe se dégrade et au lieu de servir de repère ontologique, il met en œuvre une activité destructrice. Il devient inadéquat, autrement dit mensonger. Rendu inadéquat, il occulte la polyvalence inhérente à chaque individu. Il impose une vision unilatérale et hypnotique à la fois de l’individu et du corps social et, par extension, du monde.

D’autre part, en essayant de canaliser l’afflux pulsionnel dont il se sent menacé, le pouvoir invente des simulacres interchangeables, c’est-à-dire qu’il remplace la quête du réel par la fabrication de gadgets.

Un gadget est un substitut.

Le mythe rendu inadéquat tend vers la distraction car l’absence de contenu spécifique se transforme en absence de contenu ontologique. Il cherche à se rationaliser en écartant le pourquoi, au profit d’une série virtuellement interminable de comment. Il se mécanise (par des prouesses technologiques etc.). En se mécanisant, il supprime sa propre raison d’être. Rendu inadéquat, il répand la fraude, de sorte que le corps social commence à produire systématiquement des escrocs, c’est-à-dire qu’il incite les individus à se mouvoir dans un espace-temps irréel. Sur le plan ontologique, cette irréalité émane de l’exclusion du différent, et donc de l’anéantissement programmé de toute virtualité entéléchique (Aristote).

Le mythe contemporain par excellence rendu ontologiquement inadéquat mais préservant une cohésion du corps social est symbolisé par l’argent. Il est de nature utopique parce que l’argent se trouve dépourvu de valeur propre. Tombé désormais sous la volonté de domination, le corps social cède toujours plus au désarroi qui génère la violence. Néanmoins cette violence exprime un réflexe d’autocorrection. Elle émet un signal. Sur le plan politique, elle oblige les individus à choisir entre le suicide collectif et leur engagement dans un effort encore sous-jacent de réadaptation existentielle. Obéir au signal émis par la violence signifie reconsidérer les rapports de l’individu avec lui-même et avec le corps social.

3

Pour être en mesure de se réadapter sur le plan existentiel, l’homme doit dissiper l’hypnose imposée par la volonté de domination. Il doit atteindre un état de veille, en d’autres termes une (relative) objectivité apte à lui restituer la faculté de juger. Le pouvoir issu d’une inadéquation ontologique ne désire pas que la collectivité puisse atteindre cet état de veille. Il adopte des stratégies répressives. En s’exerçant, la volonté de domination élimine les scrupules d’ordre éthique et/ou écologique : le fonctionnement du corps social devient perméable, autrement dit la politique dépend toujours plus de l’économie, elle-même soumise à la finance. Le crime gagne ainsi graduellement de nombreux secteurs du corps social. En tant qu’arrêt du processus entéléchique, il constitue l’essence latente ou manifeste de la civilisation-gadget, qui se transforme en civilisation-vampire dont le surarmement constitue un symptôme.

Pour agir à l’encontre de la volonté de domination, les individus et, par extension, le corps social, doivent inventer des modèles d’action inédits, c’est-à-dire qu’ils doivent faire appel à la richesse de leurs propres ressources vitales encore inexplorées. Individus et corps social doivent (ré)actualiser la polyvalence inscrite dans les profondeurs à jamais intactes du vivant.

Sous cette optique, le mythe peut être comparé à une variable. Il se façonne pour se transposer.

Il doit sans fin se réinventer.

L’actualisation de la polyvalence n’est pas spontanée mais nécessite l’investissement d’un maximum de facultés «conscientes» et «inconscientes» dans un effort qui doit avoir lieu simultanément sur le plan individuel et sur le plan collectif. Les modalités et les règles de cet effort seront nécessairement contextuelles.

L’assomption existentielle de la polyvalence implique l’assomption de la contradiction. Étre polyvalent signifie être disponible. En assumant sa polyvalence, l’homme risque d’entraver sa propre capacité d’agir puisqu’il s’oriente désormais selon des paramètres partiellement contradictoires. La disponibilité doit lui permettre d’intégrer par exemple sa propre complémentarité, c’est-à-dire de ne plus chercher le remplacement d’un pouvoir X fondé sur la domination par un pouvoir Y fondé sur une domination divergente mais le remplacement d’un processus d’exclusion par un processus d’inclusion.

Cette inclusion obéit à l’éthique. Elle suppose un changement radical de l’attitude adoptée par l’homme envers lui-même et envers le monde. Étre polyvalent, et donc disponible sur le plan ontologique, signifie être en mesure de réadapter constamment son activité sans trahir les prémisses dont elle s’inspire. L’absence de contenu se révèle comme plénitude de contenu. Pour (sur)vivre, l’homme doit substituer au mythe en tant qu’histoire le mythe en tant que fonction. Mais s’il focalise le mythe dans sa fonction, il doit s’appuyer sur l’indéterminé. Le mythe peut alors servir d’intermédiaire dans l’accomplissement d’un processus entéléchique universel.

Postulat
Le mythe en tant que fonction se réfère aux lois non-écrites, ayant comme but d’harmoniser les rapports de l’individu avec le corps social et, par extension, avec le monde.

/Texte partiellement utilisé par l’auteur au Sénat, Palais du Luxembourg,
les 2/3 octobre 2003 dans le cadre des JOURNÉES DE RÉFLÉXION
organisées par Technè 21ème siècle et la Maison des Écrivains
sous le haut patronage de Monsieur Walter Schwimmer,
Secrétaire général du Conseil de l’Europe,
et de Monsieur Daniel Hoeffel,
Vice-président du Sénat/

/Intervenants:
Christian de Beaumont, psychanalyste
Hélène Bleskine, écrivain
Rony Brauman, ancien Président des «Médecins sans frontières»
Henry Gaudin, architecte
Jean-Pierre Klein, psychiatre, Président de «Art et thérapie»
Koronéos, écrivain
Serge Latouche, économiste
Sylvain Lazarus, anthropologue
Jean-Marie Lhôte, écrivain
Gilbert Mouthon, physiobiologiste, CNRS
Alexis Philonenko, philosophe
Jean Poitou Duplessy, Amnesty International
Bernard Quoniam, acteur et metteur en scène
Jean Rustin, peintre
Jeannine Thoral, Amnesty International
François Vanucci, physicien
Jean-Pierre Vernant, Collège de France/